Accompagné de son directeur de protocole, il est arrivé au milieu de la réception à la surprise générale.
Le thermomètre des relations entre l’Algérie et le Maroc a sensiblement baissé depuis trois jours. Rabat lève le pied, calme le jeu et la fièvre est tombée. L’apaisement fut lorsque, dans un sursaut de sagesse, le Premier ministre marocain, Abdelilah Benkirane, a assisté à la réception diplomatique organisée, avant-hier, lundi, par l’ambassade d’Algérie à Rabat en son siège, à l’occasion du 60e anniversaire du déclenchement de la Révolution.
Des témoins qui ont pris part à cette réception, ont rapporté que le Premier ministre marocain était «très détendu, souriant et même blagueur». Des ambassadeurs étrangers accrédités, des attachés militaires et des Marocains de la société civile ont été conviés à cette réception diplomatique.
Le Premier ministre marocain accompagné de son directeur de protocole est arrivé au milieu de la réception à la surprise générale, et il a longuement discuté avec l’ambassadeur d’Algérie à Rabat. Cette heureuse surprise a été très bien perçue par les observateurs à Alger. Un geste fort et un message d’apaisement du Premier ministre marocain qui, selon les mêmes observateurs, augurent de perspectives de rapprochement. «Nous voulons que de pareils gestes se multiplient, car ce n’est pas avec des insultes et des accusations infondées que nous allons construire un avenir commun», estiment encore les observateurs à Alger.
Ce geste du chef de l’Exécutif marocain intervient dans le sillage du message de félicitations adressé par le Roi Mohammed VI au président Bouteflika à l’occasion du 60e anniversaire de la Révolution algérienne qui coïncide cette année avec les festivités du Cinquantenaire de l’Indépendance.
Exprimant ses félicitations au peuple algérien, Mohammed VI a affirmé qu’il se remémore «la solidarité spontanée, l’adhésion sincère et le soutien permanent apporté par le Maroc à l’Algérie soeur, lors de la lutte commune pour la liberté et l’indépendance, concrétisant ainsi dans les faits, les liens unissant les deux pays qui partagent la même religion, une histoire, une civilisation et un destin communs».
Le souverain a également saisi cette occasion pour réitérer au président Bouteflika, «sa ferme détermination à continuer à oeuvrer de concert pour renforcer davantage les liens de fraternité, de coopération et de solidarité entre les deux pays frères», plaidant par la même «pour l’émergence d’un nouvel ordre maghrébin fondé sur la confiance, le dialogue et le bon voisinage (…)».
Cet apaisement intervient également au moment où les Emirats arabes unis (EAU) auraient proposé leur médiation à l’Algérie et au Maroc pour arrêter la détérioration des relations entre les deux pays, «marquées par de multiples joutes verbales au cours des semaines écoulées», à en croire des sources diplomatiques algériennes. L’escalade verbale du Maroc à l’égard de l’Algérie, suite à un incident survenu récemment à la frontière entre les deux pays et qui a failli aboutir à l’irréparable, est une «mauvaise stratégie de la tension», a affirmé, il y a quelques jours à Alger le ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra.
«L’Algérie n’est pas responsable des blessures qui ont été infligées à une personne marocaine de l’autre côté de la frontière», a déclaré M.Lamamra, répondant aux questions des journalistes sur «l’intense escalade verbale, des hautes autorités marocaines» contre l’Algérie. «Ce qui est excessif est insignifiant», a ajouté le chef de la diplomatie algérienne, par rapport à cet incident qui a donné lieu, a-t-il précisé, à une «avalanche» de commentaires «extrêmement négatifs», «parfois malvenus» à l’égard de l’Algérie. La hache est-elle pour autant enterrée avec ce geste de Benkirane?
Il faut croire, soutenir et entretenir cette perspective. Car quoi qu’ils fassent, les deux pays doivent se rendre à l’évidence qu’ils ne peuvent pas tout le temps naviguer dans le sens contraire de l’Histoire.
Il faut quand même rappeler que malgré les tensions entre Rabat et Alger, le Maroc est resté la 3e destination des touristes algériens après la Tunisie et la Turquie. Les destinations phares des Algériens sont Agadir, Marrakech et Casablanca.
«On s’est tant détestés» semble dire M.Benkirane. Peut-être est-il temps de s’aimer…