Le mariage a toujours occupé une place centrale dans la société algérienne. Au fil du temps, il a évolué entre traditions ancestrales et cadres législatifs modernes. L’un des aspects les plus débattus reste le mariage dit « coutumier », qui demeure pratiqué malgré l’existence d’une législation régissant les unions officielles.
Le mariage coutumier : une pratique ancrée dans la tradition
Depuis l’époque du prophète Mohammed (paix et salut sur lui) et de ses compagnons, le mariage coutumier s’est imposé comme une norme sociale dans les sociétés musulmanes. Il repose sur des fondements religieux clairs :
- L’accord mutuel des époux
- La présence du tuteur légal (wali) de la mariée
- Deux témoins
- Le versement de la dot (sedaq)
- L’annonce publique du mariage
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En Algérie, ce type de mariage a longtemps été préféré, notamment durant la colonisation française, où refuser d’enregistrer son union était perçu comme un acte de résistance culturelle et religieuse.
Distinction entre le mariage coutumier algérien et le mariage coutumier du Moyen-Orient
Malgré l’utilisation du même terme, le mariage coutumier algérien diffère largement de celui répandu dans certains pays du Moyen-Orient. En Algérie, il s’agit d’un mariage légal et reconnu, bien que non enregistré officiellement.
A contrario, dans certains pays du Moyen-Orient, le « mariage coutumier » peut revêtir des formes plus contestées, souvent secrètes et non conformes aux principes islamiques, en raison de l’absence de témoins ou d’une annonce publique.
Les raisons de la persistance du mariage coutumier en Algérie
Malgré les réformes du Code de la famille et l’obligation de l’enregistrement des mariages depuis 2005, de nombreuses familles, notamment dans les zones rurales, préfèrent encore cette forme d’union. Plusieurs raisons expliquent ce phénomène :
- Les restrictions sur la polygamie : Depuis la réforme de 2005, un mari souhaitant prendre une seconde épouse doit obtenir l’accord de sa première femme et une autorisation judiciaire. Face à ces obstacles, certains hommes choisissent de contracter un mariage coutumier, puis de le faire officialiser ultérieurement par voie judiciaire.
- L’absence de sanctions pour le non-enregistrement : Le Code de la famille algérien n’impose aucune peine pour ceux qui ne procèdent pas à l’enregistrement de leur mariage. Cela a conduit à des abus, notamment le désavoue d’enfants nés de ces unions non enregistrées.
- Les considérations sociales et économiques : Certaines veuves ou femmes divorcées évitent d’officialiser une nouvelle union afin de ne pas perdre certains avantages sociaux, tels que les pensions de réversion.
Les conséquences du mariage coutumier
Si le mariage coutumier est légalement et religieusement valide, son non-enregistrement peut entraîner de nombreuses complications :
- Pour la femme : En cas de litige, la femme doit prouver son mariage devant les tribunaux, ce qui peut être difficile si les témoins se rétractent ou disparaissent.
- Pour les enfants : Un enfant issu d’un mariage non enregistré risque d’être privé de droits légaux, notamment en matière d’héritage et d’état civil.
- Pour la société : L’absence de documents officiels favorise les fraudes et les abus, notamment en cas de conflit conjugal.
L’enregistrement judiciaire comme solution
Le Code de la famille prévoit une solution pour régulariser ces unions. L’article 22 stipule que, à défaut d’enregistrement, le mariage peut être reconnu par une décision judiciaire.
Pour cela, les époux doivent introduire une requête conjointe ou, en cas de litige, l’un des deux doit engager une procédure de reconnaissance du mariage.
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Le mariage coutumier en Algérie demeure un sujet complexe, oscillant entre respect des traditions et exigences juridiques modernes. S’il reste un mode d’union largement répandu, il présente des risques juridiques et sociaux qui peuvent être préjudiciables, notamment pour les femmes et les enfants.
Une prise de conscience collective et un renforcement des mesures d’encadrement pourraient limiter ses effets négatifs et garantir à tous les Algériens une protection égale devant la loi.