Reprise spectaculaire du tourisme en Tunisie : Le secteur table sur 8 millions de touristes en 2018

Reprise spectaculaire du tourisme en Tunisie : Le secteur table sur 8 millions de touristes en 2018
Écrit par Fayçal Djoudi.

Après avoir été durement affecté par l’horreur du terrorisme en 2015, le tourisme en Tunisie, l’un de ses poumons économiques, semble revigoré par une fréquentation de touristes en croissance, confirmant l’amorce d’une reprise observée par les professionnels depuis le début de l’année. Ce qui augure d’un été radieux rendu ainsi par l’arrivée prévue de quelque 8 millions de touristes, dont 3 millions d’Algériens.

Pour s’en convaincre, il suffit de se tourner vers les professionnels de ce secteur clé, soulagés de voir son horizon s’éclaircir. Ils s’enthousiasment devant l’afflux de touristes dans les endroits les plus prisés du pays. «Tous les hôtels affichent complet à Djerba, à Hammamet, à Sousse et à Mahdia», s’accordent-ils à dire. De nouveau sur les bons rails, le tourisme repart nettement à la hausse en Tunisie, pour la plus grande satisfaction de sa ministre de tutelle, Selma Elloumi, qui se félicite de cette «amélioration importante». A tel point que «les chiffres de 2014 ont été dépassés, voire ceux de 2010 (+6%), année de référence pour le tourisme tunisien», s’est-elle réjouie. «En effet, le nombre d’entrées a dépassé les 2,3 millions le 20 mai, soit une hausse de 21,8% par rapport à la même période en 2017 et de 5,7% par rapport à la même période en 2010. Les recettes liées au tourisme, elles, ont atteint 358,6 millions de dollars durant les cinq premiers mois de 2018, soit une hausse de 31,8% par rapport à la même période en 2017», a-t-elle encore précisé. En 2017, 7 millions de touristes ont visité la Tunisie, 23% de plus par rapport à 2016, et l’évolution des nuitées passées a augmenté de plus de 20% alors que le tourisme intérieur a atteint 30% du total des nuitées à lui seul. Les recettes touristiques, elles, ont atteint 1 milliard d’euros, soit une amélioration de plus de 17%. Une saison touristique réussie en somme ! Mais l’année 2017 ne sera pas un pic historique, vu que les recettes touristiques ne dépasseront pas, au final, les 3 milliards de dinars tunisiens. Loin des performances des années 2008 (3,4 milliards), 2009 (3,47 milliards), 2010 (3,52 milliards) ou encore et surtout 2014 avec son record de 3,6 milliards de dinars tunisiens. Il n’en demeure pas moins que pour Selma Elloumi, l’objectif pour la Tunisie est d’atteindre les 10 millions de touristes en 2020.

Les Algériens fidèles à la destination

D’ici là, la Tunisie peut toujours compter sur le pays voisin direct qu’est l’Algérie. Les autorités tunisiennes ambitionnent de porter le nombre de touristes algériens à 3 millions, dans le sillage du record de 2,5 millions de touristes algériens enregistré l’année dernière. L’affluence des Algériens a représenté l’année dernière 35% des 7 millions de touristes ayant visité la Tunisie. Même la ministre tunisienne du Tourisme, Selma Elloumi, a constaté que des indicateurs «très positifs» ont été observés depuis le début de l’année en cours. Elle a souhaité que lorsque les Algériens viennent en Tunisie, il leur soit donné l’impression d’être chez eux et non d’être en visite dans un pays étranger.

Il en est de même pour plusieurs opérateurs tunisiens rencontrés à Hammamet. Comme nous le confirme Mourad El Magroun, tour-operator tunisien propriétaire de l’agence de voyages New Sun Travel : «Nous avons mis en place plusieurs mesures en faveur des visiteurs algériens […] Nous avons également œuvré à améliorer les services et nous engagerons les hôteliers à proposer des prix bien étudiés à nos frères venus d’Algérie.» Et de démentir dans la foulée les informations relayées par certains médias selon lesquelles certains hôtels tunisiens auraient exigé une augmentation de 30% sur leurs tarifs pour les touristes algériens. Il assuré qu’aucune hausse «soudaine» n’a été décidée pour les touristes algériens, reconnaissant que les prix ont connu, d’une façon générale, une légère hausse. «Au contraire, certains hôtels tunisiens ont décidé de faire des réductions allant jusqu’à 30% pour les familles algériennes», a-t-il indiqué. Voilà qui enterre définitivement la polémique qui avait commencé à enfler il y a tout juste une semaine, lorsque le secrétaire général adjoint du Syndicat national des agences de voyage (SNAV), Cherif Menacer, avait affirmé dans une tribune que «de nombreux hôtels en Tunisie ont refusé d’accueillir des familles algériennes en plus d’avoir procédé à une augmentation des tarifs de réservations de 30%».

Pour sa part, un responsable de la direction du tourisme de Hammamet a révélé qu’une réunion a été organisée il y a une semaine pour étudier le marché algérien. «Nous considérons le touriste algérien comme un touriste tunisien. La tenue d’une réunion pour discuter du marché algérien est une preuve que c’est un marché stratégique pour nous. Nous avons discuté avec l’Office national du tourisme tunisien de la façon d’attirer le plus grand nombre de touristes algériens, en particulier en dehors de la haute saison estivale. L’Office régional du tourisme de Sousse a été chargé de préparer une série de propositions», a-t-il indiqué. De son côté, le représentant régional du tourisme à Sousse, Bassam Al-Ouertani, a fait savoir qu’«il existe un plan d’action en faveur des Algériens, notamment en ce qui concerne les services et les prix. Des offres spéciales seront faites pour les retraités, en particulier pendant les vacances d’été, en plus de l’augmentation du nombre de vols à destination et en provenance de la Tunisie».

Le come-back des Français

Après les Algériens, ce sont sans doute aux touristes français que les Tunisiens se sont habitués. Après avoir déserté en masse la Tunisie pour des considérations sécuritaires – 3 Français ont été tués lors de l’attentat du Bardo en 2015 – ils font un come-back très remarqué dans les stations balnéaires tunisiennes. Les réservations ont grimpé en flèche pour atteindre un taux de croissance de plus de 200% par rapport à 2017. Pour René-Marc Chikli, le président du Syndicat des entreprises du tour-operating (Seto), ce retour en grâce de la Tunisie dans le cœur des touristes français s’explique par le fait «qu’il n’y a pas eu d’événements particuliers» susceptibles de les dissuader d’en faire leur destination préférée, avant de livrer une analyse plus nuancée. «Les Français ont redoublé leur confiance vis-à-vis de la destination, en partie et pas en totalité. Il y aura encore beaucoup de chemin à faire pour convaincre les Français de partir en Tunisie et atteindre les chiffres enregistrés en 2010.» Mais la reprise spectaculaire du tourisme en Tunisie n’est pas sans susciter une certaine inquiétude quant à la capacité du pays à y faire face. Apportant un bémol à l’enthousiasme général, Jabeur Ben Attouch, le président de la Fédération tunisienne des agences de voyages (FTAV), cité par le journal tunisien Assabahnews, exhorte l’Etat à prendre des «mesures exceptionnelles», notamment la libération de l’importation des moyens de transport touristique, et à pallier sans délai au manque de personnel qualifié, consécutif aux nombreux licenciements que la grave crise liée aux attaques terroristes a entraîné.