Brasilia – Un diplomate brésilien accrédité en Bolivie a reconnu lundi avoir organisé la fuite d’un opposant bolivien qui était réfugié dans la représentation diplomatique brésilienne de La Paz depuis 455 jours, déclenchant la désapprobation de la Bolivie.
«J’ai choisi la vie. J’ai choisi de protéger une personne, un persécuté politique», a déclaré Eduardo Saboia à la chaîne brésilienne TV Globo, au lendemain de l’arrivée de l’opposant bolivien Roger Pinto à Brasilia. Le diplomate a assuré avoir agi de son propre chef.
Le sénateur bolivien, qui restait bloqué dans la représentation brésilienne en Bolivie depuis 15 mois faute de sauf-conduit accordé par la Paz, a quitté la capitale bolivienne à bord d’un véhicule de l’ambassade, escorté par une autre voiture avec à son bord des militaires brésiliens. Au terme d’un voyage de 1.600 kilomètres le mini-cortège a gagné la ville frontalière brésilienne de Corumba (Etat du Mato Grosso do Sul, ouest), où l’opposant a ensuite pris un vol pour Brasilia, a expliqué le diplomate.
«Il existait un risque imminent pour la vie et la dignité du sénateur», a encore justifié M. Saboia, expliquant que la santé et le moral de l’opposant s’étaient sérieusement détériorés ces dernières semaines.
Arrivé lundi à Brasilia, le diplomate a indiqué avoir été rappelé par son ministère de tutelle pour s’expliquer.
A La Paz, le ministre des Affaires étrangères David Choquehuanca a exprimé lundi la «profonde préoccupation» de son pays face à cette «violation des mécanismes de coopération» des deux pays qui marque selon lui un «mauvais précédent».
«Le sénateur Pinto ne pouvait sortir du pays sans sauf-conduit sous aucun prétexte», a-t-il encore fustigé, alors que dimanche soir, la ministre de la Communication Amanda Davila avait simplement demandé «des informations» aux autorités brésiliennes, tout en assurant que cette affaire «n’affectait pas les relations» entre les deux pays.
Le sénateur du parti Convergence Nationale (CN, droite) s’était réfugié le 28 mai 2012 à l’ambassade du Brésil à La Paz, où il avait déposé une demande d’asile après s’être plaint de «persécutions» politiques du gouvernement, dont il accuse plusieurs proches d’être liés à des trafiquants de drogue.
M. Pinto affirmait alors faire l’objet de «20 procès» pour divers motifs paralysant selon lui ses activités politiques. Il avait même été condamné par la justice à un an de prison pour détournements de fonds alors qu’il était gouverneur de la province de Pando (nord).
Brasilia lui avait accordé le droit d’asile peu après son arrivée à l’ambassade, mais La Paz refusait de lui octroyer un sauf-conduit sous le prétexte qu’il faisait l’objet de plusieurs accusations de corruption. Selon le gouvernement, il s’agit d’une affaire judiciaire et non politique.
Son cas a suscité des frictions entre la Bolivie et le Brésil. Le président bolivien Evo Morales avait qualifié l’année dernière d’«erreur» le droit d’asile accordé par Brasilia et sa ministre de la Communication Amanda Davila avait accusé l’ambassadeur brésilien de jouer un rôle politique et non diplomatique.
Le gouvernement bolivien a annoncé lundi avoir ouvert une enquête sur les circonstances de cette fuite.